Le 17 septembre 2021 | Mis à jour le 17 septembre 2021

Expertise : un coffret rustique du XVIIe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

Doté d’un assemblage hétérogène d’essences et d’un placage de bois précieux, le coffret étudié par le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale n’en demeure pas moins rustique dans sa conception. Le maître ébéniste revient sur l’histoire de ce coffret original, qui dévoile des particularités de construction rares. 

 

Ce coffret de conception rustique (photo 1 ci-dessous), mais plaqué de bois précieux, est intéressant à examiner car il révèle des détails particuliers de construction et une hétérogénéité surprenante dans le choix des essences de bois utilisées.

 

Les bois

Concernant l’ossature du coffret, la planche de fond et celle du couvercle sont en pin. La façade et le dos sont en noyer. Enfin, les deux côtés sont en orme. Cette diversité de bois constituant un manque d’homogénéité, nous indique que nous sommes en présence d’une fabrication régionale, voire campagnarde.

Photo 1 : Vue de face du coffret. Le placage de façade du couvercle a disparu et les traces de collage sont encore visibles.

 

La façade, les côtés et le couvercle ont été plaqués en amourette mouchetée, bois précieux originaire de Guyane, facilement identifiable sur la photo 2 présentant une vue de dessus du couvercle à comparer avec la photo 3 montrant une feuille de placage du même bois. Ce bois était très utilisé au XVIIe siècle pour les cabinets, les bureaux Mazarin, et au XVIIIe siècle pour les commodes Louis XIV. C’est un bois précieux réservé aux meubles de qualité et il est étonnant de le trouver sur un coffret de conception aussi rustique.

 

 

La construction

Le montage des quatre angles est à queues d’aronde découvertes (photos 4 et 5). Par ailleurs, on peut constater que le système de fabrication des coffrets au XVIIe siècle était identique aux méthodes actuelles, c’est-à-dire qu’une fois les quatre côtés assemblés et collés, les planches constituant le dessus et le dessous sont collées et clouées à joint vif, avec des clous plats et de forme triangulaire. Ce n’est qu’après cette opération que l’on va dégager la partie formant le couvercle en le sciant pour le détacher du corps. Cette manière de procéder est la meilleure façon d’être sûr qu’ils seront parfaitement ajustés. Le bâti a ensuite été plaqué en commençant par les deux côtés du corps et du couvercle et en terminant par la façade, de telle façon que le placage de façade recouvre celui des côtés (photo 1). Enfin, le dessus du couvercle a été plaqué. Sur la façade du couvercle qui a perdu son placage (photo 1), on distingue très bien les traces laissées par le rabot à dents, rainures très larges typiques du XVIIe siècle. Chose curieuse, seul le bâti a été passé au rabot à dents.

Le placage est scié à la main et son épaisseur est considérable pour un coffret, jusqu’à 4 mm par endroit. Autre particularité, le dos du coffret n’a jamais été plaqué (photos 4, 5 et 6). Il est probable que l’utilisation de charnières à larder de type XVIe siècle, utilisées en charnière d’applique (photos 4 et 6), rendait difficile le placage du dos. Ces charnières sont celles d’origine, aucune autre trace de fixation n’est visible. L’intérieur du coffret a été tapissé de papier à la cuve sur papier vergé, très probablement d’origine (photo 7). La serrure auberonnière ou à gachette (photo 8) en fer forgé est d’origine, ainsi que ses clous. Les deux trous du bas de la serrure prévus pour la fixation à clous n’ont jamais été utilisés. Aucune trace de clous n’est visible sur le bois à cet endroit. Peut-être l’artisan a-t-il renoncé à cette fixation après avoir constaté les dégâts causés dans le placage par les deux clous supérieurs (photo 9). L’auberon du couvercle est bien celui d’origine (photo 7), aucune trace d’un autre moyen de fermeture n’est apparent. Le dessous de la planche en pin formant le fond du coffret laisse apparaître distinctement les traces du sciage effectué avec une scie à main (photo 10). En conclusion, on peut être surpris par autant de rusticité dans l’exécution de ce coffret et par l’emploi d’un placage de bois prestigieux et rare avec lequel actuellement certains grands orfèvres parisiens font des bijoux.

 

 

 

Photo en Une : Coffret à valeurs du XVIIe siècle. Bois d’acajou massif. Fabrication rustique, restaurations, petit couvercle remplacé. Complet de sa clef, serrure fonctionnelle. Sud-Ouest de la France. H : 10. L : 24,5 et l : 18 cm. France, XVIIe. Adjugé 216 euros par Salorge Enchères en 2017 à Nantes.

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

 

 

Haut de page

Vous aimerez aussi

Augustin Lesage, l’esprit de l’Egypte antique

Le 21 octobre 2021 | Mis à jour le 21 octobre 2021

Le 23 octobre à Saint-Omer, Elodie Peeren présentera aux enchères une toile exceptionnelle d’un artiste emblématique de l’art brut, le mineur, peintre et médium, Augustin Lesage. Cette grande composition hiéroglyphique […]

Expertise : une commode bureau Louis XVI

Le 21 octobre 2021 | Mis à jour le 21 octobre 2021

Pourvue d’une écritoire, d’un caisson et de tiroirs, la commode bureau a pendant longtemps été une pièce incontournable des intérieurs bourgeois. Mêlant souvent plusieurs essences de bois, ce meuble, ajustable […]

Une vente aux enchères de NFT organisée à Paris

Le 19 octobre 2021 | Mis à jour le 21 octobre 2021

La maison de vente Boischaut présentera aux enchères plus de 70 NFT le 23 octobre à Paris et en live sur Interencheres. Cette vacation est l’une des premières en France […]