Le 17 décembre 2020 | Mis à jour le 17 décembre 2020

Expertise : une commode Louis XV estampillée de Lardin

par Jacques Dubarry de Lassale

Le maître ébéniste parisien André-Antoine Lardin a conçu de nombreuses commodes sous le règne de Louis XV, travaillant activement pour le compte des marchands-merciers durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Jacques Dubarry de Lassale dévoile les particularités de ses meubles à travers l’expertise d’un modèle classique orné d’un placage de bois de rose.  

 

André Antoine Lardin (1724-1790) est un ébéniste parisien né en 1724, mort en 1790. La maîtrise lui fut conférée le 1er juillet 1750. Il exerça rue de Charenton à l’enseigne du « Bois de Boulogne » jusqu’à la fin du règne de Louis XV, puis se fixa rue Saint-Nicolas dans une maison qui portait le n°6 à l’époque révolutionnaire. Cet artisan a beaucoup travaillé pour les marchands-merciers. L’une de ses commodes est conservée au Musée Carnavalet. Lardin eut pour collaborateurs, puis pour associés, ses deux fils, André-Antoine et Louis-François. L’un et l’autre exerçaient encore cette activité sous le Directoire.

 

La forme de la commode

La commode que nous allons examiner, d’un modèle très classique des productions de Lardin, s’inscrit encore dans l’esprit Louis XV avec sa façade galbée. Les côtés sont plats, les montants arrondis et terminés par des pieds cambrés. Il faut signaler que Lardin a produit des modèles identiques avec un décor de grecques sur la façade des tiroirs.

[Photo 1] Commode Louis XV estampillée de Lardin à six tiroirs sur trois rangs dont un secret. Dimensions : largeur 125, hauteur 84, profondeur 52,5.

Les bois utilisés

Les quatre montants constituant le piètement sont en hêtre. Les planchers inférieur et supérieur de la commode sont en chêne. De même pour les tiroirs, dont les côtés, les dos et les fonds sont également en chêne. Le fond, les côtés, les traverses de façade, les planchers intermédiaires de la commode, ainsi que l’ossature des façades de tiroirs sont en sapin.

[Photo 2] Estampille de LARDIN et marque de jurande JME, frappées sur une petite latte de chêne couvrant l’assemblage à queue d’aronde de la traverse haute sur la façade. [Photo 3] Les planchers intermédiaires qui séparent les tiroirs sont embrévés dans des rainures, sur lesquelles sont collés les coulisseaux. [Photo 4] Les façades de tiroirs sont en lattes de sapin, superposées et collées.

Le montage

Le montage est des plus classiques, on peut cependant remarquer les particularités suivantes :  la tranche supérieure des côtés de la commode, là où repose le marbre et où est frappée l’estampille « LARDIN », est constituée d’une petite latte de chêne collée qui recouvre l’assemblage à queue d’aronde de la traverse supérieure de façade (photo 2). Les planchers intermédiaires, qui séparent les tiroirs, sont embrevés dans des rainures sur lesquelles sont collés les coulisseaux (photo 3). Les façades de tiroirs sont en lattes de sapin, superposées et collées, technique fréquemment utilisée chez Lardin (photo 4). Les côtés de tiroirs sont minces, comme il se doit, 5 mm d’épaisseur et leur arête supérieure est légèrement arrondie. Les assemblages des tiroirs sont fixés à queues d’aronde : trois à l’arrière (photo 5) et trois à l’avant. Les fonds de tiroirs sont en bois de fil disposé dans le sens avant-arrière et sont cloués par dessous. Ceci n’est pas une bonne technique d’assemblage car, à cette époque, les fonds de tiroirs étaient montés en feuillure, une technique plus résistante. Le système de butée de tiroir est un montage très classique des commodes marquetées à l’époque (voir croquis 1 et photo 6). Enfin, un tiroir à secret est aménagé entre les deux petits tiroirs du rang supérieur. Deux trous latéraux, accessibles en ôtant les tiroirs latéraux, permettent de le bloquer à l’aide de chevilles (photo 7).

[Photo 5] Les assemblages des côtés de tiroirs sont assurés par trois queues d’aronde. [Photo 6] Système de butée des tiroirs (voir croquis). La photo présente la butée collée sur le tiroir. [Photo 7] Entre les deux tiroirs supérieurs latéraux se trouve un tiroir dissimulé, faisant office de secret, avec un trou de chaque côté permettant un blocage par cheville.

 

Le placage

Le meuble est plaqué en feuilles, bois de rose dans des encadrements d’amarante. Les côtés de la commode sont plats et plaqués en feuilles à l’horizontale (photo 10). Les tiroirs sont plaqués en frisage fermé dans des encadrements d’amarante. Il est intéressant de noter que les champs de tiroir qui, normalement sont plaqués en bois de travers, ne sont plaqués de cette façon que sur le champ du haut (photo 11). Pour des raisons certainement économiques, les chanfreins des côtés et du dessous ont été plaqués en fil.

 

Serrures et bronzes

Les quatre serrures ont été remplacées et celles en place sont d’une fabrication du XIXe siècle, avec des têtières en laiton. Les six poignées de tirage, présentant une entrée de serrure, ainsi que les trois entrées de serrure centrales, sont postérieures mais néanmoins du XVllle siècle. On remarquera nettement sur la photo 8, les traces de pointes qui fixaient les poignées d’origine. Seuls les deux chutes, les deux sabots (photo 10) et le le bronze du tablier (photo 9) sont d’origine.

 

Le marbre

La commode est coiffée d’un marbre gris Sainte-Anne de Belgique (photo 12), mouluré d’un cavé. Bien que datant du XVIIIe siècle, ce marbre d’une épaisseur de 28 à 30 mm, ne lui appartient pas. Le débordement du marbre par rapport à la caisse du meuble varie de 20 à 35 mm, ce qui est totalement anormal. En effet, le débordement du marbre doit suivre parfaitement le contour du meuble. Le marbre d’origine a été remplacé par un marbre provenant d’une autre commode très semblable.

 

[Photo 8] Les poignées de tirage des tiroirs ne sont pas d’origine. On remarquera nettement les trous des pointes qui fixaient les poignées d’origine. [Photo 9] Le bronze du tablier est d’origine. [Photo 10] Les côtés de la commode sont plats et plaqués en feuilles à l’horizontale. Les bronzes en chute et les sabots sont également d’origine. [Photo 11] Les champs de tiroirs sont normalement plaqués en bois de travers. Ici, les champs latéraux et inférieurs sont plaqués en bois de fil, ce qui est vraisemblablement une mesure d’économie. Seul le champ supérieur est plaqué en bois de travers. [Photo 12] La commode est coiffée d’un marbre gris Sainte-Anne de Belgique. Le débordement du marbre par rapport à la caisse est variable de 20 à 35 mm, on peut donc en conclure que ce marbre n’est pas le sien.

En conclusion, cette commode est typique des productions de Lardin. J’ai déjà restauré deux commodes de cet ébéniste, elles étaient de conception très semblable à ce meuble. Lardin devait avoir deux types de fabrication, celle plus ordinaire correspondant à la qualité du meuble présenté et une autre extrêmement raffinée, que j’ai eu l’occasion d’admirer sur un secrétaire à abattant.

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Commode époque Louis XV estampillée Lardin et poinçon de la Jurande des Menuisiers Ebénistes. Hauteur : 86 cm, largeur : 130 cm, profondeur : 65 cm. Adjugée à 5 500 euros  (hors frais) par Kapandji Morhange le 29 novembre 2013 à Paris. 

 

 

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