Le 30 octobre 2015 | Mis à jour le 4 novembre 2015

Le bestiaire hybride de Germaine Richier

par Interencheres

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[Vente à venir] Hybride et tourmentée, recroquevillée et prête à bondir, La Sauterelle intrigue par son allure mystérieuse, imposante, presque menaçante. Œuvre-phare de la vente parisienne de Maître Ludovic Morand consacrée à une artiste majeure du XXe siècle, Germaine Richier, elle sera proposée aux enchères entre 250 000 et 300 000 euros parmi un ensemble de cinq pièces d’exception.

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« Par ses sculptures longilignes aux matières étirées et tourmentées, Germaine Richier est souvent comparée à Alberto Giacometti, confie le commissaire-priseur, mais la production de cette artiste aujourd’hui méconnue est antérieure à celle du célèbre sculpteur ». Diplômée de l’Ecole des beaux-arts de Montpellier et élève de Bourdelle, Germaine Richier (1902-1959) participe à de nombreuses expositions et collaborations. En 1939, elle part se réfugier en Suisse avec son mari et développe une production en lien avec la guerre et son impact sur l’homme. Elle réalise alors des personnages au modelé déchiqueté, à l’instar de La Sauterelle.
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Subtil mélange de formes anthropomorphes et animales, ce bronze à patine foncée est caractéristique des femmes-insectes chères à la production de l’artiste. « La pose courbée et le pied droit font nettement penser à un insecte mais l’artiste dissémine plusieurs traits humains et féminins dans son œuvre, à commencer par la poitrine, le pied gauche à cinq doigts et la tête ornée d’un semblant de chignon, explique Cristina Mouraut, commissaire-priseur de l’étude Morand & Morand. C’est une œuvre intrigante et certaines personnes nous ont confié qu’elle leur faisait un peu peur ! Mais il est nécessaire de la voir de près pour découvrir la femme qui y sommeille : on distingue un cœur gravé dans la paume de sa main gauche, un détail qui renvoie à l’âme de l’œuvre et à son humanité. »
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Ce rapport entre l’homme et la nature est un thème récurrent dans la production de Germaine Richier, qui instaure une réflexion profonde sur la condition humaine. « L’artiste avait pour habitude de ramasser toutes sortes d’objets au cours de ses promenades – coquillages, branchages, insectes – qu’elle ramenait ensuite dans son atelier, explique Cristina Mouraut. L’Homme-Forêt en est un exemple : l’artiste a intégré dans son plâtre initial des morceaux de bois pour former les bras de sa sculpture. Elle ne s’inspire pas uniquement de la nature, elle l’utilise au sens propre. » Réalisé en bronze nettoyé à l’aspect doré, L’Homme-Forêt est estimé 100 000 à 150 000 euros.
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La vente proposera également une autre sculpture anthropomorphe, Le Pentacle (est. 150 000 à 200 000 euros), ainsi que deux sculptures plus abstraites, L’Échiquier (est. 150 000 à 200 000 euros) et le Trio I ou la Place (est. 80 000 à 120 000 euros). Tout comme La Sauterelle et L’Homme-Forêt, il s’agit de fontes posthumes datant de 2013, les plâtres originaux ayant été réalisés entre 1945 et 1956.
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La vente promet de belles adjudications, d’autant que de nombreux intéressés se sont déjà manifestés auprès de l’étude, qu’il s’agisse de particuliers français, allemands, suisses ou américains. Rappelons par ailleurs que l’artiste avait été mise à l’honneur au musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne en 2014 avec l’exposition Giacometti, Marini, Richier la figure tourmentée, et que le Centre Pompidou possède entre autre deux œuvres, L’Orage et L’Ouragane, similaires au Pentacle : pourquoi ne pas alors envisager la présence d’une institution dans le feu des enchères ? Réponse le 3 novembre.
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Lien vers l’annonce de la vente aux enchères

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