Le 9 juin 2014 | Mis à jour le 9 juin 2014

Le sanglier au profil mystérieux

par Interencheres

Le Roi Arthur s’était rompu, en vain, à la capture du sanglier Tourc’h dans les forêts bretonnes. Jouez à votre tour au chevalier de la Table Ronde et partez à la chasse, plus facile, de cette hure en faïence. Apportée sur le plateau des enchères, le samedi 14 juin 2014 par la maison de vente Vregille & Cortot depuis Dijon et en direct sur le Live d’Interencheres, la tête de la bête garde néanmoins encore quelques mystères…
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Aux dimensions proches du naturel, cette tête de sanglier dissimule à s’y méprendre une grande terrine de table en faïence polychrome. C’est véritablement le réalisme de la finition qui en fait une pièce rare et pour le moins intrigante. « La taille est impressionnante et le coloris rose de la chair est d’une très grande justesse. Mais la pièce est aussi teintée d’humour », détaille l’expert Cyrille Froissart. Une petite autopsie montre en effet une anatomie travaillée jusque dans la vertèbre qui dépasse de l’encolure tranchée du gibier. La couenne à vif, le sanglier n’en garde pas moins « un œil bien vivant », ironisent Maîtres Emmanuel de Vrégille et Hugues Cortot.

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La terrine intrigue aussi par le contexte de sa réalisation. Celle-ci est estampillée d’une fleur de lys, ce qui a permis à Cyrille Froissart de l’identifier comme une réalisation de la Manufacture de Sceaux dans les années 1755-1760. A cette époque, la fabrique veut rivaliser dans la faïence en trompe-l’œil que maitrisaient déjà les artisans allemands. Pour autant, pas besoin de traverser le Rhin pour trouver une terrine identique à celle mise en vente. Le musée des Arts décoratifs de Strasbourg expose un modèle original de Paul Hannong, célèbre faïencier de la ville, qui daterait au plus tard de 1754.

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Quel lien entre Strasbourg et Sceaux ? Notre enquête nous conduit jusqu’à Jacques Chapelle, un faïencier haut en couleurs et boniments qui s’était octroyé les titres de pensionnaire du Roi, membre de l’Académie, et « démonstrateur de chimie ».  Après un voyage en 1745, au cours duquel il apprend de Paul Hannong l’utilisation du tour de potier, Jacques Chapelle arrive justement à Sceaux en 1748, où il prendra la direction de la Manufacture jusqu’en 1763.

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Cyrille Froissart confirme les liens presque de parenté entre les deux manufactures : « On sait que des artisans sont venus à Sceaux depuis l’Alsace, notamment le sculpteur Jean-Louis de Strasbourg. » Mais face à toute hypothèse romancée de vol ou contrefaçon, l’expert se veut rassurant : « Le terme de copie ne s’applique pas. La pièce porte la marque de la Manufacture et il n’y a pas eu l’intention de tromper. » Quoi qu’il en soit, la terrine doit être vue comme une pièce rare. « Le Musée du Château de Sceaux détient une belle collection de pièces en trompe-l’œil, des choux, canards, dindons, mais pas de sanglier », ajoute Cyril Froissart.

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Peu ordinaire, cette pièce est issue d’une collection privée du centre de la France. Dans un bel état de conservation malgré une dent manquante, le mystère de cette terrine laisse parier sur des enchères plus hautes que les estimations de 20 000 à 30 000 euros.

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Lien vers l’annonce de la vente aux enchères

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