Le 19 août 2020 | Mis à jour le 19 août 2020

Les spécificités d’un miroir Louis XIV à la Bérain

par Jacques Dubarry de Lassale

Alors que le miroir apparaît pour la première fois durant l’Antiquité égyptienne, il se perfectionne au XVIIIeme siècle avec l’emploi du verre. Il devient alors plus fréquent dans les intérieurs et ses ornementations suivent les codes esthétiques propres à chaque période. Sous le règne du roi Louis XIV, l’ornemaniste Bérain propose un encadrement à baguette et une fabrication toute particulière. Jacques Dubarry de Lassale nous en dévoile les secrets. 

 

Au préalable, il y a lieu de préciser qu’un miroir est constitué d’une glace et d’un encadrement (photo 1). Le miroir que nous allons examiner en détail cette fois-ci est constitué d’un encadrement à baguette et d’une glace au mercure. Il s’agit d’une baguette dite « à la Bérain », du nom de l’ornemaniste de Louis XIV. Les baguettes étaient fabriquées dans des ateliers par des sculpteurs dont c’était le seul métier. Leur longueur était d’environ trois mètres et ces baguettes étaient coupées à la longueur nécessaire sans tenir compte du motif de sculpture. En conséquence, dans les angles à coupe d’on­glet, le motif ne se raccorde jamais (photo 2).

 

 

Le choix du bois de l’encadrement

Dans le nord de la France, on utilise le chêne. Dans le sud, on utilise plutôt des bois tendres, dans le sud-est et l’Italie on utilise le tilleul, le noyer et l’aulne.

 

 

Le montage

En France, le cadre à section généralement rectangulaire était assemblé dans les angles à tenons et mortaises ou à mi-bois (croquis 1 ; photo 4). Ils étaient ensuite recouverts de la baguette sculptée, clouée par-dessus et suffisamment large pour former la feuillure du cadre (croquis 2). C’est pour cette raison que l’on aperçoit souvent des clous rouillés dans la dorure de l’encadrement (photo 2).

 

 

Au dos de la glace, on positionnait un carton très souple, ou du papier, voire de l’étoupe, afin de protéger l’étamage très fragile de la glace. Ensuite, on clouait un assemblage de planches fines, collées entre elles, afin d’éviter que l’air ne passe et vienne oxyder l’étain qui se trouve dans l’étamage (photo 3). Ceci explique la détérioration que l’on peut généralement constater sur les glaces anciennes au mercure. Cette détérioration est plus particulièrement visible sur la périphérie de la glace et à la jonction des planches, là où l’air pénètre le plus facilement (photo 5). Le carton souple ou l’étoupe avait bien sûr l’avantage de protéger l’amalgame étain­-mercure, mais il avait par contre l’inconvénient d’absorber l’humidité, ce qui contribuait à l’oxydation de l’étain. Le nettoyage de la glace avec un chiffon humide entretenait également cette humidité, particulièrement dans le bas de la glace, là où le tain est le plus particulièrement oxydé, et avait aussi pour conséquence de décoller la feuille d’or de l’encadrement (photo 6).

 

 

La fabrication des glaces

Plusieurs méthodes étaient utilisées. Nous évoquerons ici le procédé de coulage. Le verre fondu est versé sur une surface métallique plane dont les rebords ont juste l’épaisseur de la glace désirée. La pâte de verre est étalée dans ce moule situé dans un four à l’aide d’une raclette. Un des problèmes majeurs était la transparence du verre.

 

Ce sont les Italiens qui ont trouvé les premiers la bonne proportion de phosphate à mettre dans la composition du verre (la fritte). En France, il faudra attendre le XVIIe siècle pour obtenir des vitres assez claires pour faire des miroirs. Après la fabrication du verre, celui-ci devait être poli sur une face pour recevoir l’étamage. Cette opération se faisait successivement à la poudre de grès de plus en plus fine. Une fois adouci, le verre était poli au moyen de tampons chargés au tripoli (photo 8). Pour qu’une feuille de verre devienne un miroir, il faut la doubler de métal afin qu’elle donne un reflet, c’est ce qu’on appelle l’argenture : une feuille d’étain battue au marteau était posée sur une planche, le mercure étalé sur l’étain, puis on posait la vitre sur le mercure et on mettait sous presse. C’est donc le film de mercure, prisonnier entre la vitre et l’étain, qui servait de réflecteur.

 

Photo 8. Polissage du verre avec des tampons de feutre à l’extrémité de tiges de bois courbes, pour créer une pression constante.

 

Les biseaux du bord ont toujours existé, mais les biseaux anciens sont très plats, pour un motif simple c’est que le verre était mince pour des questions d’économie. Les biseaux obtenus par ponçage au grès ont une arête qui n’est pas très rectiligne. A partir de 1837, les glaces sont plus épaisses et de ce fait les biseaux sont plus marqués. Pour des raisons sanitaires, en 1850, l’usage du mercure fut interdit dans la fabrication des glaces. Auparavant, la moyenne d’âge des artisans miroitiers était de 20 ans. Les miroirs antérieurs à la fin du XVIIe siècle sont de petites tailles, 30 à 40 cm de côté. Le reflet de ces glaces est beaucoup plus doux, quelquefois d’un gris bleuté, cela était en partie dû à l’impureté du verre.

 

 

 

Photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

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