Cimabue, Caravage, les frères Le Nain, Rubens… et si votre grenier, votre cave, votre cuisine renfermaient le chef-d’œuvre d’un grand maître de l’histoire de l’art ?
Le 27 octobre dernier à Senlis, un panneau de Cimabue s’envolait à 24,18 millions d’euros lors d’une vente organisée par la maison Actéon, enregistrant la plus haute enchère de 2019 en France. Datée de 1280, l’œuvre avait été retrouvée dans la cuisine d’une nonagénaire qui ignorait tout de sa valeur. Largement médiatisée, cette découverte spectaculaire rappelait avec force que sommeillent encore des trésors dans nos territoires.
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Des tableaux dignes des plus grands musées
Ces dernières années, de nombreux chefs-d’œuvre ont refait surface aux quatre coins de la France. Au cours de l’été 2017, un habitant d’Auray, en Bretagne, contactait ainsi Jack-Philippe Ruellan, avec l’espoir de se débarrasser d’un tableau trop encombrant. Il était loin de se douter qu’il avait entre ses mains une œuvre majeure du peintre indonésien Raden Saleh (1811-1880). « Je lui ai proposé de m’envoyer une photo, explique le commissaire-priseur installé à Vannes. A sa réception, je me suis empressé de me rendre à son domicile. Le propriétaire des lieux m’a conduit à la cave et a alors sorti la toile d’un magasinier. J’ai lu la signature et j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une œuvre exceptionnelle. » Quelques mois plus tard, le tableau obtenait un record mondial pour l’artiste avec une adjudication à 8,9 millions d’euros. « Raden Saleh est un héros en Indonésie. poursuit Jack-Philippe Ruellan. Sa popularité est comparable à celle de Delacroix en France et notre tableau monumental (1,10 x 1,80 mètres), représentant une chasse au taureau dans la steppe Alang-Alang de Java, était une pièce spectaculaire à ajouter à son corpus. Le musée Pasifika de Bali, qui conserve déjà trois œuvres de l’artiste, n’avait d’ailleurs pas manqué l’événement et s’était battu avec acharnement face aux collectionneurs indonésiens, heureux adjudicataires. »
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Les ventes aux enchères sont une véritable mine d’or pour les musées. En témoigne l’acquisition à 6,2 millions d’euros par le Metropolitan Museum de New York le 30 novembre dernier à Dijon d’un panneau de dévotion attribué à un artiste anonyme, le Maître de Vissy Brod. « Ce tableau n’a pas d’équivalent. Très peu de musées conservent au sein de leur collection de tels témoignages de la Bohème du XIVe siècle », confie l’expert du cabinet Turquin, Stéphane Pinta. Réalisée autour de 1350, l’œuvre constituait l’un des plus beaux témoignages du gothique international. Elle avait été retrouvée un peu plus tôt dans la maison d’une famille dijonnaise qui ne se doutait pas qu’elle possédait depuis des générations un tel trésor patrimonial. « Les propriétaires considéraient ce tableau comme un simple panneau décoratif, raconte le commissaire-priseur Hugues Cortot. Ils souhaitaient le vendre avec quelques pièces d’argenterie et des meubles de toilette sans grande valeur ».
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C’est encore à l’occasion d’une demande d’estimation que les commissaires-priseurs Aymeric et Philippe Rouillac découvraient en octobre 2017 un tableau exceptionnel figurant un Christ méditant. « Nous avions été contactés par une septuagénaire vendéenne qui vendait des vieilleries sur Internet et avait un doute sur un tableau offert par sa grand-mère dans les années 1950 », explique Aymeric Rouillac. A l’issue d’un véritable jeu de piste, les commissaires-priseurs et les experts du cabinet Turquin ne tardent pas à reconnaître le style de trois peintres majeurs du XVIIe siècle : les frères Le Nain. Quelques mois plus tard, la toile est classée Trésor national par le ministère de la Culture et s’envole finalement à 3,6 millions d’euros lors d’une vente organisée le 10 juin 2018 au château d’Artigny à Montbazon.
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Des chefs-d’œuvre perdus depuis des siècles
Ces découvertes constituent un apport considérable pour l’histoire de l’art. Elles font ressurgir des œuvres disparues depuis des siècles. Ainsi était dévoilée l’année dernière à Lille une étude de Rubens perdue depuis le XVIIe siècle, tandis que ressurgissait en mars 2018 à Nantes un tableau clé du peintre néoclassique Charles Meynier (1768-1832), disparu depuis plus de deux cents ans et qui devait s’envoler à 2,2 millions d’euros sous le marteau de Bertrand Couton, Henri Veyrac et Elisa Jamault. « La toile était connue des historiens de l’art par une gravure signée d’Alexis Châtaigner qui en reprenait la composition, mais sa trace avait été perdue après son achat au Salon de 1800 durant lequel elle fit forte impression, détaille l’experte du cabinet Turquin Julie Ducher. Encore aujourd’hui nous savons peu de choses sur son parcours, hormis qu’elle a été acquise au début des années 1930 par les ascendants des vendeurs, originaires de la région nantaise. »
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Plus spectaculaire encore était la découverte en 2014 d’un chef-d’œuvre du Caravage (1571-1610), disparu depuis quatre cents ans. « J’avais été sollicité par une famille de la région toulousaine qui, suite à une fuite d’eau, avait découvert, dans son grenier, derrière une soupente scellée et adossé à un matelas, un tableau imposant », raconte Marc Labarbe. Arrivé sur les lieux, le commissaire-priseur, muni d’un coton légèrement humide, tente de nettoyer la surface peinte. Au gré de minutieux mouvements circulaires, il découvre sous la poussière le visage marqué de la servante et ses yeux perçants, saisissants. Convaincu de faire face à une toile de l’école du Caravage, il envoie une photographie à l’expert Eric Turquin. Quelques mois plus tard, le verdict tombe : le tableau n’est autre qu’un Caravage, estimé à plus de 100 millions d’euros.
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Grâce à l’œil aguerri des commissaires-priseurs, nombre de chefs-d’œuvre échappent ainsi chaque année de peu à la déchetterie. En mai dernier, le jeune commissaire-priseur François Bounie reconnaît à son tour au bas d’une toile, enfouie sous la poussière, la signature d’un maître des vedute – vues peintes avec réalisme – italien, Carlo Grubacs (1801-1878). « Le propriétaire était prêt à se débarrasser de cette magnifique vue nocturne de Venise typique des artistes du Grand Tour. Il avait collectionné des œuvres anciennes tout au long de sa vie, sans grande valeur et ne se doutait pas que son tableau serait adjugé quelques mois plus tard à 84 000 euros. »
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